Question 38 of 39
Si nous jetons un coup d'œil sur nos expositions de tableaux modernes, nous sommes frap- pés de la tendance générale des artistes à habiller tous les sujets de costumes anciens. Presque tous se servent des modes et des meubles de la Renais- sance, comme David se servait des mo- des et des meubles romains, ne pou- vait pas faire autrement que de les habiller à l'antique, tandis que les peintres ac- tuels, choisissant des sujets d'une na- ture générale applicable à toutes les époques, s'obstinent à les affubler des costumes du Moyen Age, de la Renais- sance ou de l'Orient. C'est évidemment le symptôme d'une grande paresse; car il est beaucoup plus commode de décla- rer que tout est laid dans l'habit d'une époque, que de s'appliquer à en extraire la beauté mystérieuse qui y peut être contenue, si minime ou si légère qu'elle soit. La modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable. Il y a eu une modernor pour chaque peintre ancien; la plupart des beaux portraits qui nous restent de ces temps antérieurs ont revêtu des costumes de leur époque. Ils sont par- faitement harmonieux, parce que le costume, la coiffure et même le geste, le regard et le sourire (chaque époque a son port, son regard et son sourire) forment un tout d'une complète vitalité. Cet élément transitoire, fugitif, dont les transformations se font toujours, on n'a pas le droit de le mépriser ou de vous en passer.
