Question 29 of 40
La France sans toit ni loi
Pénurie criante d’appartements, statistiques bidon, administration kafkaïenne, interventions dans l’urgence… L’État français bafoue un droit social fondamental. Il vient d’être condamné à Strasbourg pour des manquements à son obligation de favoriser l’accès au logement de chacun. Radiographie d’un mal hexagonal. Ils sont invisibles et, souvent, souhaitent par-dessus tout le rester. Près de Paris, un jeune couple, trois enfants, vit depuis 6 mois dans une chambre à 39 euros au Rapide Palace. « Pour des saisonniers immigrés qui débarquent, cela s’explique. Nous, on ne fait pas loin de 2600 euros par mois, avec la paie de mon mari et les allocations. » Autre chambre, autre famille: « Les gens nous regardent comme si notre situation cachait quelque chose. On préfère dire qu’on n’a pas de boulot: tout le monde comprend, les questions s’arrêtent. » Il y a cinq ans, les associations s’évertuaient à dénoncer une crise, alors que l’État n’y voyait qu’un problème d’urgence, surtout pendant l’hiver. Au plus froid de l’hiver, le Premier ministre confie au député Etienne Pinte une mission sur le logement. L’élu prend l’affaire à cœur. Quelques mois plus tard, il soupire: « Tout est géré par la crise, au pied du mur, et après l’effet d’annonce, la mise en œuvre est un travail d’Hercule. » Prenons par exemple la loi SRU (solidarité et renouvellement urbains). Celle-ci impose aux communes d’avoir au moins 20% de logements sociaux, mais elle est peu dissuasive. Un élu peut même dire sans qu’il ne se passe rien: « moi je ne fais pas de logement social. » Aux dernières élections municipales, la non application de la loi s’est parfois même transformée en promesse électorale genre « pas de pauvres ici, c’est juré! »
D’après Le Nouvel Observateur
