Question 11 of 37
Que sont les globe-trotters devenus?
Qu’il est loin le temps où l’on pouvait partir le nez au vent sur les pistes du Sahara. Dans la cordelière des Andes ou sur les bords du Mékong! Désormais, qui prétend voyage hors des sentiers battu passe pour une tête brulée ou un irresponsable. Le monde est dangereux, dit l’air du temps. Enigmatique et inamical. Des pays entiers sont marqués au fer rouge par le ministère des affaires étrangères qui déconseille aux voyageurs de s’y risquer, message reçu: les français partent de moins en moins à l’étranger. Le ministère se montre de plus en plus précautionneux. Dans leurs « conseil aux voyageurs » ses services égrènent, pays après pays, les bonnes raisons de rester chez soi. Le plus étonnant, c’est que cette suspicion généralisée, cette frousse officielle, englobe des pays que l’on croyait sans danger comme Monaco, par exemple. L’excuse est toute trouvée: la planète serait un guêpier sinon un coupe-gorge. Plus qu’hier? Une tradition en tout cas s’est perdue, qu’illustraient pour le meilleur et pour le pire le colon et l’explorateur, le missionnaire et l’aventurier. Informés en temps réel des drames petits et grands surgis à l’autre bout du monde, les français sur-réagissent. Ils sont de plus en plus casaniers. Ils voyagent moins. Selon la direction du tourisme, 11,970 millions de français sont partis à l’étranger en 2010 et seulement 11,682 millions en 2013. En 2016 -derniers chiffres connus, ils n’étaient plus que 11,385 millions. La France a de moins en moins le gout de l’ailleurs. On la pensait hostile à l’immigration, sinon xénophobe. On la découvre pantouflarde. C’est que les deux sont lés, rejet de l’autre, et repli sur soi. Alors que tombent les barrières douanières, l’incompréhension s’installe entre les peuples. Chacun chez soi. Chacun pour soi. Clash des civilisations en vue.
D’après Le Monde
