Question 23 of 37
La télévision sous contrôle médical
Ils se trouvent trop gras, veulent perdre du poids, et ont décidé de le faire savoir à tout le monde. Six candidats à l’amaigrissement n’ont pas hésité à se montrer en caleçon dans une émission télévisée pour convaincre le public de la justesse de leur combat. Grâce à la mobilisation de six équipes de journalistes pendant quatre mois, les curieux pourront observer l’évolution de leurs formes et de leurs courbes de poids. Un nouvel avatar de ces programmes de télé réalité qui envahissent nos écrans? « Absolument pas », assurent en chœur les dirigeants de la chaine de télévision qui préfèrent parler de « feuilleton documentaire » ou de « docuvérité », Et d’avancer un argument…. de poids: il s’agit de « faire une œuvre utile» en sensibilisant le téléspectateur à un problème de santé publique, dans un pays qui compte 15 % d’adultes obèses. Pas question ici de titiller les penchants voyeuristes du public. La preuve? Six médecins ont accepté de prêter leurs concours à l’entreprise, en prenant en charge chacun un patient qui testera sa méthode, sous le regard de caméra. Dès le lendemain de sa mise à l’antenne, l’émission a soulevé un tollé chez les médecins, certains jugeant « cynique ou inconsciente » la démarche de leurs confrères. Une quarantaine de médecins, universitaires et chercheurs ont fait part de leur désaccord dans une lettre publiée dans un quotidien national. Ils se désolidarisent de ces médecins qui apportent leur caution médicale à des messages aberrants et ils mettent en garde, en particulier les jeunes, contre les risques d’une quête effrénée de minceur. Les médecins qui participent à l’émission refusent ces leçons de morale. Les gens attendent de nous des solutions à leurs problèmes de poids. Ils sont assez malins pour faire le tri entre ce qui relève de l’information et du divertissement ». La polémique a le mérite de mettre le doigt sur une composante essentielle, mais jusqu’alors peu évoquée, de téléréalité: le médecin-alibi. Plus la téléréalité progresse, plus elle fait prendre des risques physiques ou psychiques aux candidats et plus les médecins sont mis en avant. Producteurs et diffuseurs se donnent ainsi bonne conscience et les éventuels annonceurs, soucieux de ne pas associer leur marque à un programme avilissant, sont rassurés.
