Question 35 of 37
Entre le fumet de barbecues et les bric-à-brac
Entre le fumet de barbecues et les bric-à-brac déambulent les anonymes des brocantes Elles se préparent pendant toute la semaine avant d’envahir les trottoirs de villages et de quartiers entiers, attirent les cadres supérieurs et les chômeurs et offrent un supplément d’âme à la promenade dominicale. Les brocantes sont devenues bien plus que le rendez- vous des chineurs et des collectionneurs: les affaires qui s’y traitent sont souvent de nature plus affective que pécuniaire. Retrouver un exemplaire de son livre de lecture de cours préparatoire n’a pas de prix. Le fait de l’avoir payé 5 euros ne fait que rajouter un peu de folklore. Le succès des brocantes et autres vide-greniers qu’il faut compter par milliers chaque semaine a donné naissance à un loisir à part entière mais en marge de l’économie officielle. Les antiquaires dénoncent une concurrence déloyale mais y voient aussi une source d’approvisionnement dans laquelle ils sont les premiers à puiser, aux toutes premières heures de matinée. Aucun autre spectacle ne garantit une telle ambiance complice, ne permet de se replonger avec autant de spontanéité dans des imaginaires collectifs oubliés et de se laisser délicieusement rattraper par son histoire personnelle. Derrière la banalité des objets sans valeur dont se séparent sans état d’âme les vendeurs, surgissent des traces, des souvenirs, des petits morceaux de mémoire affective. « La brocante remplit l’espace laissé vacant depuis le déclin des kermesses, des fêtes de patronage et des jeux inter-villages. Elle mobilise les différentes associations sur un même projet et renforce les liens de voisinage », insiste Chantal Angevin, maire de Monteresson (Loiret). Dans cette commune de 1300 habitants dont la population décuple lors de la grande brocante de fin juillet, les droits perçus par une association auprès des exposants permettent d’améliorer l’ordinaire de la cantine scolaire et aussi de compenser une partie des impayés.
