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Internet et notre cerveau
"Mon vieux cerveau me manque." Nicholas Carr, 52 ans, essayiste américain, n'a rien d'un réac allergique au Web. Les nouvelles technologies, au contraire, c'est sa spécialité. Entre son blog, son Twitter, son Facebook, Marshall était ce qu’on peut appeler un féru du Web. Pourtant, un beau jour, le « serpent du doute » s’est inséré dans son éden numérique. Il avait l’impression désagréable que « quelqu’un ou quelque chose bricolait son cerveau ». Se concentrer plus de deux minutes devenait une véritable gageure, la lecture de longs textes un obstacle insurmontable. Partant de ce constat, il a écrit Abruti par Internet? Le livre du moment. Où l’on aperçoit que la donne a changé, que l’antagonisme entre anciens et modernes a fait long feu, les plus alarmistes venant d'ailleurs des milieux les plus activistes du Net. Au Ve siècle av. J.- C, c'était la pratique de l'écriture qui était controversée. Socrate s'inquiétait qu'elle nous fasse négliger notre mémoire, à tort: la lecture nous a aidés à mieux mémoriser, cependant qu’elle a modifié en profondeur le fonctionnement de notre cerveau, comme en témoigne une étude récente, qui a mesuré par IRM les modifications des zones du cerveau « liseur ». Le cerveau est un organe éminemment plastique qui s’est adapté, comme il le fait maintenant à la pratique du web. Quand nous surfons sur Internet, le cortex préfrontal en charge de tout notre processus de décision est particulièrement sollicité. Tout comme les mots croisés, le surf, de par sa capacité à exercer l’agilité de l’esprit, aurait des effets particulièrement heureux sur les séniors. Les zones dédiées au langage, et à la mémoire seraient, elles, sollicitées dans une moindre mesure. Alors, sommes-nous en train de devenir « des crétins numériques » accros à un outil bêtifiant? Fautil saluer l’avènement d’un mutant capable de jongler avec les informations, un esprit multitâches plus créatif et apte à la prise de décision?
