Question 11 of 39
La dépression par la pression
En quatre ans, le café psycho, dernière version du café à thème - tarots, philo, géo, socio... - a essaimé à Paris, puis dans toute la France, où l'on en compte plusieurs dizaines. Mais à la différence de son prestigieux aîné - le café philo -, il délaisse complètement l'appareil théorique. On ne vient pas y discuter de Freud et de Lacan, mais de soi. Les questions, les peurs et les histoires personnelles s'enchaînent. Les participants sont d'âges et de milieux sociaux très divers, mais en écrasante majorité des femmes. La souffrance est leur seul lien. Le café, lieu neutre, permettrait de dédramatiser. Ainsi, certains patients, en analyse depuis plusieurs années, viennent au café pour poser les questions qu'ils s'interdisent sur le divan. D'autres tentent de court-circuiter leur thérapeute. Ils veulent des recettes, des réponses faciles, n'importe quoi qui leur donne l'impression d'avancer un peu. Souvent, le café psycho jouerait un rôle d'étape vers une thérapie traditionnelle. C'est d'ailleurs la seule fonction positive que lui reconnaissent les analystes. Le problème est que l'on trouve de tout dans les cafés psycho, dernier avatar des thérapies de groupe: astropsychologues, psychoénergéticiens et autres adeptes du dogme du « développement personnel » venu tout droit de Californie. Le risque de tomber entre les mains d'un gourou est certain, les gens qui souffrent étant les plus malléables. Le marché de l'intimité est en pleine expansion. Il faut rester vigilant et ne pas se laisser séduire par les marchands de bonheur.
