Question 32 of 39
Week-end au Mont-Saint-Michel
Ne craignez rien! Les eaux de la baie Mont-Saint-Michel ne sont pas glacées, seulement fraîches, revigorantes. Et puis, c'est le petit prix à payer pour se mettre dans les pas des miquelets, ces fervents pèlerins pédestres de jadis, dont le premier, un nommé Bernard, revenu de Jérusalem, est attesté vers l’an 865. Les aménagements avaient commencé autour de 710 pour transmuter ce « rocher de Satan » en une « sainte pyramide des mers », bientôt et pour longtemps premier pèlerinage de l'Hexagone. Aujourd'hui, plus de trois millions de visiteurs annuels assiègent littéralement ces remparts vertigineux qui, de Saint Louis à Charles IX, virent défiler quasi toute la France historique et jusqu'à Mme Tiphaine Du Guesclin, réfugiée chez les moines montois pendant que son connétable de mari pourchassait les Godons, alias les Anglais. En dépit de trente ans de siège, ils ne parvinrent pas à s'emparer du Mont, « protégé par saint Michel, chef de la Milice céleste ». Cultivés, les, guides des « Chemins de la Baie » en savent long sur la tumultueuse existence de ce lieu où s'entendirent foi, architecture, politique, littérature et gastronomie. Ajoutons-y de nos jours l'écologie, enfin triomphante ici, puisque les travaux de désensablement de la baie, après des décennies de parlotes, devraient commencer cette année. Cette entreprise titanesque, étalée sur un lustre au moins, écartera en principe à jamais le cauchemar imaginé en 1921 par Maurice Leblanc, dont Le Formidable Événement décrit même un assèchement total de la Manche jusqu'au littoral britannique... Ce retour à la case départ océanique ne fera que fouetter la vogue présente des traversées pédestres de la baie, accessibles à tout marcheur moyen et réalisées en deux heures, sauf si on s'arrête en route à l’ilot demeuré sauvage de Tomblaine. Se munir d'un bâton, tels les miquelets, n'est pas un vain folklore, car le courant des vagues ou des ruisseaux conserve une certaine force, même à marée basse; en outre, quelques passages sont légèrement vaseux. La vue sur le « dos », sur la « face sans voitures » du Mont, ainsi que la contemplaient les miquelets, est à elle seule une formidable récompense esthétique et spirituelle. Après une pause à pied sec, s'impose de grimper jusqu'à l'abbatiale suspendue, où ne se hissent que moins de 10 % des visiteurs du XXIe siècle, alors qu'elle fut le but ultime du pèlerinage durant mille ans.
