Question 26 of 40
Les 100 premiers jours du président Trump vu par Dominique
de Villepin Donald Trump introduit des paramètres très nouveaux sur la scène internationale, si l’on prend la question diplomatique. C’est la première fois que nous avons le chef de l’État de la première puissance mondiale qui développe une diplomatie populiste. Et cette diplomatie populiste, elle me semble marquée par plusieurs ingrédients. Le premier, c’est l’importance donnée à la forme, donnée à l’image, donnée à la posture. On sent que c’est un élément essentiel. Le deuxième, c’est le jeu des rapports de force. Les rapports de force poussés jusqu’à très loin, jusqu’à l’humiliation, à la fois de l’allié mais aussi de l’adversaire, avec la recherche d’une diabolisation. On le voit face à l’Iran. Il y a un troisième élément qui est intéressant, dans cette diplomatie, c’est le principe d’incertitude. Il met en avant, constamment, la possibilité d’évolutions qui ne sont pas anticipées. Alors on le voit là sur le climat, il prendra sa décision un peu plus tard. On l’a vu sur le Yémen: frappe au Yémen. On l’a vu sur la Syrie: frappe en Syrie alors que personne n’imaginait une frappe possible. Et on l’a vu sur la Corée du Nord. Donc, en permanence, il joue pied et contre-pied et il est susceptible de surprendre. Il est difficile de s’adapter à une telle diplomatie et je crois qu’il faut en tirer les leçons. Et on voit qu’Emmanuel Macron en a déjà tiré les leçons pour la diplomatie française. À la fois une diplomatie engagée, une diplomatie qui se veut réactive face aux initiatives du président Trump. Qui se veut en même temps en mouvement et susceptible de prendre les devants et en même temps une diplomatie traditionnelle soucieuse de l’équilibre. Je suis pour ma part très heureux de voir qu’on revient à une diplomatie plus classique, dans la ligne de la tradition française. On l’avait un peu abandonnée avec Nicolas Sarkozy et François Hollande. C’est-à-dire que c’est une diplomatie qui assume son rôle de médiation. Diplomatie d’équilibre qui cherche à tirer le meilleur entre les positions des uns et les positions des autres. Dans ce contexte, il est intéressant de voir Angela Merkel très pragmatique et qui prend les choses telles qu’elles sont et en même temps, le président français, plus volontaire, désireux d'essayer, en quelque sorte, de forcer les choses et d’amener le président américain à ne pas choisir l’irréparable.
