Question 3 of 40
Les revenants Réalisé par Robin Campillo
Les morts vivants de Robin Campillo ne surgissent pas la nuit mais par un bel après-midi d'été, quittant tranquillement leur cimetière en un cortège pédestre à dominante beige et pastel. Ils ont l'âge qu'ils avaient à leur mort mais sans les stigmates d'une maladie ou d'un accident. La vision presque radieuse d'un phénomène pour le moins effrayant est l'une des bonnes idées de ce film l'image possède la clarté supposée rassurante des pubs télé du matin valorisant le troisième âge, mais la lenteur extrême des mouvements, la fixité des regards distillent à dose infime une part de grotesque et un profond malaise. Nombre de séquences montrent d'ailleurs les mesures concrètes de la municipalité pour répondre rationnellement à l'évènement accueil, hébergement, suivi et réinsertion professionnelle des ex-morts. Mais dans l'intimité des foyers, c’est l'hébétude face au prodige que constitue la présence d'un être dont on avait fait le deuil. Ainsi de l'épouse du maire, d’un enfant unique dont les parents avaient vidé la chambre ou un accidenté de la route à nouveau dans le lit de son ex-compagne. Le film fait songer au premier épisode d'un feuilleton expérimental que l'auteur aurait tourné avant d'écrire les suivants. Plusieurs hypothèses prometteuses sont développées Il y a le thriller. Il y a la rêverie plastique et feutrée, parfois envoûtante, du metteur en scène autour de ses créatures, de leur déplacement, de leurs accents. Il y a aussi la métaphore politique du refugié, de l'indésirable et il n'est pas non plus interdit de sourire, avec le cinéaste plutôt que sur son dos, de la malveillance de certains revenants Dommage qu'aucune de ces directions, également intéressantes, ne s'impose Que faire des revenants, population insaisissable cette belle chimère de cinéma? Le cassetête semble s'être imposé de façon aussi aigue au cinéma qu'à ses mortels circonspects.
